Inhibition motrice et flexibilité mentale dans la dermatillomanie

de Blandine Prieur, Psychologue

La dermatillomanie est caractérisée par des difficultés à inhiber les comportements de vérification, de grattage et de triturage (inhibition de la réponse) mais aussi à interrompre un comportement une fois qu’il a été initié (flexibilité mentale).

Les recherches scientifiques ont donc cherché à connaître quelles sont les implications cognitives et neuronales de telles manifestations. Pour cela, ils ont comparé les capacités d’inhibition de la réponse motrice et de flexibilité mentale chez les personnes souffrant de dermatillomanie avec celles de la population générale mais aussi auprès de personnes souffrant d’autres troubles.

L’inhibition de la réponse motrice est testée grâce à un exercice qui consiste à choisir entre deux réponses possibles. Aléatoirement, un signal stop est présenté indiquant au participant qu’il ne doit pas exprimer sa réponse. La flexibilité mentale, quant à elle, est évaluée via un exercice qui consiste à trier des cartes selon une règle à découvrir (couleur, forme, nombre) et qui peut changer à tout moment selon le retour de l’expérimentateur.

Les résultats montrent que les capacités d’inhibition motrice sont altérées dans la dermatillomanie, avec un temps de réponse plus long et une tendance à faire davantage d’erreur, comparé à la population générale. Cependant la flexibilité cognitive est préservée, tout comme dans la trichotillomanie. On observe également que le profil des personnes souffrant de comportements répétitifs centrés sur le corps (CRCC) comme la dermatillomanie ou la trichotillomanie diffèrent de celles présentant des TOC.

Ces données suggèrent que certains traitements médicamenteux agissant sur les capacités d’inhibition pourraient être efficaces dans la prise en charge des comportements liés à la dermatillomanie.

Les chercheurs ajoutent qu’il serait intéressant d’étudier si une intervention de type remédiation cognitive pourrait être adaptée afin de renforcer les capacités d’inhibition. En effet, la remédiation cognitive est une intervention thérapeutique qui a pour objectif de renforcer les fonctions cognitives préservées et d’entraîner les fonctions cognitives déficitaires par le biais d’exercices (stimulation cérébrale). Les fonctions exécutives sont souvent ciblées dans ce type d’intervention. Elles désignent justement les capacités d’inhibition et de flexibilité mentale. Ainsi, des exercices de description de figures visuelles superposées, d’illusions visuelles, de manipulation de chiffres, de lettres et de formes, de génération de chiffres et de coordination manuelle pourraient être bénéfiques dans la rééducation des capacités cognitives altérées dans la dermatillomanie.

Les psychothérapies centrées sur les comportements comme le renversement des habitudes ou la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) semblent également pertinentes face à ce déficit puisqu’elles se concentrent souvent sur l’amélioration des capacités d’inhibition au quotidien.

Grant, J., Leppink, E., Chamberlain, S. (2015) Body focused repetitive behavior Disorders and perceived stress: Clinical and Cognitive Associations, Journal of Obsessive-Compulsive and Related Disorders (5) 82-86.

Odlaug, B., Chamberlain, S., Grant, J. (2010) Motor inhibition and cognitive flexibility in pathologic skin picking. Progress in Neuro-Psychopharmacology & Biological Psychiatry 34. 208–211

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