Les sensations corporelles dans la dermatillomanie

de Blandine Prieur, Psychologue

La régulation des émotions est l’une des fonctions les plus étudiées dans les recherches sur la dermatillomanie. Or, des explorations récentes suggèrent que les excoriations (comportements de grattage ou triturage de la peau) auraient également un rôle dans la régulation des sensations corporelles.

Nous pouvons identifier plusieurs causes à ce phénomène. Tout d’abord, la peau est aisément accessible et très innervée, ce qui la rend facile à solliciter. De plus, elle présente de nombreuses caractéristiques permettant d’activer le sens du toucher (par exemple : des reliefs, des parties rugueuses, dures, plus ou moins lisses, …).

Selon les dernières données scientifiques, les difficultés dans la régulation des sensations corporelles des dermatillomanes seraient liées à une hypersensibilité sensorielle et une intolérance aux stimuli intenses, tant internes qu’externes ; ils cherchent, à travers leurs comportements, à les éviter.

Il semblerait que, dans la dermatillomanie, les sensations corporelles générées par les excoriations permettent à la fois de se stimuler dans les situations d’ennui et de se soustraire en cas d’événement désagréable (pensées, émotions, environnement). Les stimulations au niveau de la peau seraient alors une stratégie pour réduire l’état de tension, qu’il soit perçu comme anormalement bas en cas d’ennui, ou surélevé en cas d’anxiété.

Chez tout un chacun, les excoriations focalisent l’attention sur des sensations corporelles. Pour les personnes souffrant de dermatillomanie, ces comportements sont souvent ressentis comme agréables, voire soulageants, bien qu’ils puissent sembler douloureux aux yeux des autres. Ainsi, lors des crises de grattage ou de triturage, les pensées et les émotions sont mises en veille et un état de semi-conscience, quasi hypnotique se met en place.

Ces résultats entraînent de nouvelles implications thérapeutiques intéressantes. Certaines approches utilisent des stratégies d’adaptation pour satisfaire les besoins sensoriels liés à la survenue d’excoriations. Par exemple, il peut être conseillé de réaliser un gommage, de mettre de la crème ou encore d’éclater du papier bulle afin de répondre aux sensations corporelles sans engendrer de lésions dues aux excoriations. Cependant, les thérapies utilisées actuellement restent peu portées sur l’amélioration de la régulation des stimuli sensoriels.

En thérapie centrée sur la dermatillomanie, la méditation de pleine conscience serait pertinente. En effet, elle permet de focaliser son attention sur l’ensemble des sensations corporelles dans l’ici et le maintenant, sans porter de jugement et avec bienveillance. Ainsi des exercices centrés sur la respiration ou sur les points de contact du corps avec l’environnement permettraient d’améliorer la régulation des stimuli.

La thérapie cognitivo-psychophysiologique d’O’Connor utilisée pour les troubles involontaires compulsifs (TIC) semble également être un complément prometteur aux approches habituellement utilisées. Cette technique vise l’activation sensorimotrice avant même l’apparition des excoriations. Elle vise une prise de conscience des sensations corporelles, une modification de la planification les comportements et une restructuration cognitive des systèmes de croyances liés aux stimulations sensorielles.

Houghton, D., Alexander, J., Bauer, C., Woods, D. (2018) Abnormal perceptual sensitivity in body-focused repetitive behaviors, Comprehensive Psychiatry (82), 45-52.

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